Au début du projet de la Fabrique des Luddites, un cèdre rouge centenaire, arbre d’ébénisterie partiellement abîmé par une tempête, a dû être abattu pour la sécurité des bâtiments alentours. C’est ce bois que Sébastien Perroud transforme en charbon, le temps d’une résidence à la Fabrique ponctuée de temps collectifs.
Depuis bientôt deux décennies, l’artiste explore le charbonnage comme matière, geste et rituel. Au cœur de sa démarche : un four à pyrolyse low-tech qui transforme les résidus végétaux en biochar – un charbon végétal aux propriétés remarquables pour la régénération des sols, le stockage du carbone et la fertilité des terres. L’outil devient prétexte à rencontre : autour du feu se nouent transmission, échanges et repas partagés.
À la Fabrique, le bois du cèdre nourrit progressivement les espaces publics du lieu. Sa carbonisation contrôlée produit le biochar qui amendera les nouvelles plantations du parc.
Quatre temps publics ponctuent la résidence : la plantation de l’Agora des Charbonniers – un cercle d’arbres fertilisé par le biochar issu du cèdre, planté à quelques pas de la souche –, un atelier d’impression au charbon avec le centre aéré de Chatte, une transmission au jardin autour du biochar et ses usages, puis une après-midi d’atelier ouvert après une semaine de collaboration entre Sébastien Perroud et l’artiste Mathilde Beguin.
Une résidence en partenariat avec les associations Culture Ailleurs et Paléop’Terre.
Sébastien Perroud est artiste performeur et maître-charbonnier, installé dans le Trièves depuis près de vingt ans. Diplômé des Beaux-Arts de Lyon en 1995, il fonde la même année l’association Culture Ailleurs. Sa pratique hybride mêle art, recherche et travail artisanal de charbonnier : il explore l’usage et la production du carbone dans nos sociétés contemporaines, à travers des installations et des performances collaboratives qui empruntent à l’imaginaire du rituel. Il travaille fréquemment hors des lieux dédiés à l’art – friches, espace public, nature, bâtiments patrimoniaux – avec un traitement brut des matériaux et un goût affirmé pour l’éphémère. Autour de son four à pyrolyse mobile, il invite habitants, artisans, historiens, photographes et musiciens à des temps de fabrique partagée. Ses projets s’étendent du Trièves à l’Afrique de l’Ouest, où il intervient depuis près de trente ans. Avant de rejoindre la Fabrique des Luddites ce mois de juin, il a mené en Martinique au printemps le projet Bay Chabon avec l’association Zofi.